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Rencontre avec Thomas de Dorlodot - Parapentiste de l'extrême

Croire en ses rêves, c’est avancer

A seulement 28 ans, Thomas, parapentiste professionnel, nous reçoit dans sa maison de Chaumont Gistoux entre deux voyages. Un retour aux sources rare pour le jeune homme pour qui le quotidien se passe dans d’autres horizons et à d’autres altitudes.



 
C.D. : Comment avez-vous pris goût au parapente?

« J’avais 15 ans, j’étais à l’internant à Maredsous et un de mes amis avait tout le matériel pour voler.  Il m’a proposé d’essayer dans une prairie où il y avait une petite pente. J’ai fait mon premier décollage et j’ai eu un vrai déclic, j’ai senti que c’était mon truc ! A partir de ce moment là, je me suis vraiment lancé dans la discipline. Le petit hic est que la Belgique est peu vallonnée. J’y avais tellement pris goût que je volais comme je pouvais avec un parapente à moteur dans la région. Avec l’expérience, je me rends compte que c’était la période la plus risquée, je ne pensais qu’au plaisir de voler, j’en oubliais parfois les dangers. » Explique Thomas.
 
Petit à petit Thomas commence à faire parler de lui tout en poursuivant ses études à l’HIECS à Bruxelles. Par la suite, décidé de faire un master en photographie et réalisation, Thomas part en Espagne. Sur place, la chance lui sourit et les deux meilleurs pilotes de l’époque lui proposent de les shooter en plein vol. «  C’était une opportunité géniale. A chaque fois que je les accompagnais pour les filmer ou les photographier, je volais avec eux, dans les mêmes endroits et conditions qu’eux. Ça a été l’apprentissage décisif pour ma carrière ». Explique Thomas.

Aujourd’hui, cela fait déjà cinq ans que Thomas de Dorlodot est devenu parapentiste  professionnel et qu’il travaille sur différents projets lié à sa discipline. Comme beaucoup d’athlètes de sports extrêmes, Thomas est suivi de près par la marque Red Bull avec laquelle a été lancé le label Search. Thomas et son équipe partent à la recherche de spots improbables dans des conditions uniques dans le monde entier.
« Je crois qu’en tout, j’ai visité plus de soixante pays pas tous pour mon travail mais la majorité de ces visites y sont liées. Nous avons traversé l’Afrique il y a deux ans, on a aussi fait le Brésil, la Colombie, la Nouvelle Zélande, le Maroc,… et je suis rentré il y a quelques jours de Polynésie française où nous étions depuis trois mois » nous raconte le pilote.

L’objectif de Search est également de trouver des lieux où personne n’a jamais volé. « Ce qui est fantastique avec ce genre de projet c’est qu’il y a toute une communauté qui nous suit via Internet, c’est vraiment une aventure qu’on veut partager un maximum. » Confie Thomas.
 
 
En février de cette année, Thomas est rentré d’un long périple dans les îles Marquises. Un projet cette fois accompagné d’un voilier dans une optique éco-responsable et qui avait comme mission de se servir du vent principalement pour se déplacer. Search ça représente l’aventure, le rêve du voyage et la découverte.

« Ce type d’expédition demande une logistique particulièrement rôdée, c’est le travail de toute une équipe. Nous étions sept sur le bateau dont un autre pilote professionnel, un espagnol, Horacio Llorens ».

 
Les deux pilotes repèrent les montagnes exposées à l’Est, elles seront le point de décollage grâce au vent qui percute celles-ci. Ils se serviront de la masse d’air pour remonter. Pour atteindre ces faces des montagnes, leur voilier pose l’ancre de l’autre côté car il est trop risqué d’approcher la côte Est à cause du mouvement violent de la mer.

« Lorsque nous partons à la recherche du point de décollage, nous ne savons jamais sur quoi nous allons tomber, nous gravissons la montagne à pied en nous frayant un chemin. C’est l’aventure, la vraie. Ce qui est magique c’est de savoir que ces lieux sont encore inexplorés. Dans les îles Marquises, les paysages sont magnifiques, en vol, on peut voir et comprendre toute la vie de la faune et la flore des lieux. Il n’y a aucune trace de vie humaine, c’est rare. La nature y est propre et luxuriante ».

Thomas nous explique également que ce qui le marque particulièrement lors de ses voyage et notamment durant sa plus récente expérience est l’accueil souvent très généreux des locaux.


« A l’étranger, le parapente est un moyen de rencontre énorme. Tu débarques, du ciel, de nulle part avec ton parapente, ils n’ont jamais vu ça et t’accueillent les bras ouverts »

Thomas, particulièrement attaché à la nature, nous explique qu’il affectionne tout particulièrement les autres projets où il part seul. « Je pars avec mon sac à dos et je traverse une chaine de montagnes. Dans cette optique j’ai fait les Pyrénées, et la Nouvelle Zélande.»

Cette performance est nommée le parapente bivouac. Axé sur la  performance, Thomas traverse la chaine de montagnes en minimisant la marche et avec comme objectif de voler un maximum. Equipé d’un sac à dos le plus léger possible et un parapente sans moteur, il tente d’optimiser le ratio entre marche et vol. Ulitisant les masse d’air ascendantes où le soleil réchauffe les montagnes, le pilote suit les oiseaux et remonte dans les colonnes d’air.

Ensuite, il tente d’atterrir en altitude pour bivouaquer et repartir à l’aube.

« C’est un sport très technique et on en fait jamais le tour. Chaque vol est unique, il faut s’y adapter. Avec les années, je sens que mon instinct se développe. Les oiseaux eux ne se posent plus la question. Quand je pars avec 14 kilos et que je traverse une chaine de montagne seul, je me rends compte que je n’ai pas besoin de grand chose. ‘Light is right’, le moins de matériel possible, on allège, on simplifie. C’est presque une manière de vivre.» Confie Thomas.

« Le parapente bivouac c’est tout ou rien, quand c’est pas ton parapente qui te porte, c’est à ton tour de le porter. »

Attiré par le surpassement de soi, le jeune homme nous confie qu’il tire une grande humilité de ses voyages. « Il m’est arrivé de me retrouver en pleine montagne en train de marcher sous la pluie ne sachant pas quand je pourrai m’arrêter. Dans ces moments là, le plus normal serait de rentrer à la maison et ce qui est assez génial c’est de traverser ces choses là, ça renforce. Les limites de l’être humain ne sont pas si étroites que ce que l’on pense. L’homme est capable de faire des choses exceptionnelles. Il faut pour cela une bonne préparation, un travail d’équipe en amont, le matériel adéquat et c’est parti ! » Explique-t-il.
 
Le parapente, est aujourd’hui un sport peu répandu mais se développe et attire de plus en plus. Thomas nous explique que c’est un sport assez jeune et qu’il y a encore plein de choses à faire. Motivé pas la performance et non la réelle compétition, le pilote conçoit la discipline comme une liberté immense et une motivation perpétuelle. « Quand on a un objectif, on est motivé chaque matin et quand ce projet touche à sa fin il faut qu’il y ait un autre qui suive pour continuer à se réveiller chaque jour avec envie ». Nous confie le jeune homme.
 
C.D. : Quels sont tes objectifs? « J’en ai plusieurs. J’aimerais par exemple avoir l’occasion de parcourir toutes les chaines de montagnes du monde. Il y a un autre projet aussi qui me tient à cœur ; On est quelque uns à avoir fait les 7000 mètres d’altitude et je voudrais atteindre les 8000 mètres d’altitude. Pour ce record il faut des conditions de vol exceptionnelles, être au bon endroit au bon moment. A part ça, je ne suis plus trop axé sur des buts ultimes mais sur une évolution progressive. » Explique Thomas.
 
 

C.D. : Le parapente fait partie des disciplines dites extrêmes, dirais-tu que tu aimes le risque ? « Non. Je n’aime pas le risque mais se préparer pour faire quelque chose de très technique et réussir à le faire en sécurité ça me parle. La clef c’est la préparation, je fais ça pour vivre pas pour mourir. J’analyse tous les accidents à chaque fois je veux savoir ce qui s’est passé. Jusqu’à maintenant, je constate que c’est toujours une erreur humaine. La peur ça te garde en vie, ceux qui n’ont peur de rien prennent un gros risque. Jusqu’à présent, ma peur est positive elle me permet d’apprivoiser mes sens et de calculer les détails qui peuvent faire la différence ».
 
C.D. : Quel message voudrais-tu faire passer aux jeunes qui ont une passion comme la tienne ? Personnellement, je n’aurais jamais cru pouvoir vivre d’une discipline comme celle-ci. Cela m’a fait prendre conscience que si tu es vraiment passionné par quelque chose, si tu dédies ton temps, du travail et beaucoup d’énergie ça peut le faire ! Il faut croire en ses rêves pour avancer ! »
 
C.D. : Un petit mot sur le Brabant wallon, berceau de ton enfance ? « J’adore le Brabant Wallon. Ici, chez moi, je peux m’entrainer dans les champs. Il y a des petites spécialités qui manquent quand je suis loin de Chaumont Gistoux. La vie culturelle est de plus en plus mouvante. Au fil de mes voyages, j’ai constaté qu’il faut se rendre compte qu’en Belgique on vit dans une sécurité et dans un confort incroyable. Quand je rentre chez moi je retrouve l’eau chaude, l’électricité… Tout paraît si simple. Je trouve qu’on a tendance à banaliser notre confort ».
 
Dans le futur, parmi ses nombreux projets, Thomas voudrait faire partager sa passion, encourager les jeunes à vivre des moments hors du commun, sortir du quotidien et adopter un état d’esprit où le retour essentiel est roi.
 
 
 
Propos recueillis par Coralie Denis

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