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Jérôme Colin : Quand les stars murmurent à l’oreille …

Son taxi n’est pas jaune et noir et il s’appelle Jérôme. Jérôme Colin a vu passer plus de 350 « clients » dans son taxi. Des kilomètres au compteur de « Hep taxi ! », qui ont permis des entretiens, tels des confessions, avec des acteurs, chanteurs, écrivains et penseurs.

A la radio, maître de cérémonie de « Entrez sans frapper », il propose une revue culturelle éclectique où la rencontre est encore au centre du jeu. Tombé en littérature avec « Eviter les péages », il sort aujourd’hui son deuxième roman, « Le champ de bataille ».



Devenir présentateur ou chroniqueur, il ne l’avait pas envisagé au départ. Ado, il se serait bien vu comédien et naturellement, à 18 ans, il rejoint le cours Florent à Paris. Formation terminée, il choisit de revenir en Belgique et de s’inscrire en journalisme. Le mal du pays ?
« Je détestais ce petit monde du théâtre, ça m’angoissait. J’étais jeune, je n’avais pas les armes » explique Jérôme Colin. « Les études c’était super mais je n’étais pas prêt pour le travail dans ce milieu-là. Je n’aimais pas les rapports entre les gens, je les trouvais hautains. Ce n’était pas mon monde. Et je reconnais que la Belgique me manquait. »

Après la seconde année, l’étudiant Colin a l’opportunité d’effectuer un stage à la RTB, en radio, avec Jacques de Pierpont. Ça tombe bien parce que, outre le rock qu’il apprécie, la radio, c’est un truc qui le « chipote », comme il dit. « Quand j’étais à Paris, j’écoutais la radio la nuit et j’aimais cette magie. » Après son stage, atteint par le virus, il n’a plus quitté l’antenne. « Entrez sans frapper » est la quotidienne qu’il présente sur La Première.
  Curieusement, la télé n’intéressait pas le jeune animateur qui confie n’y avoir jamais pensé. Pourtant on le retrouve aux commandes de « Hep Taxi ! », un concept particulier, original, dont il est plutôt fier et on le comprend ! C’est en chauffeur de taxi qu’il cuisine ses invités le temps d’une balade, des invités détendus qui s’épanchent librement. Si la promotion n’est pas l’exercice préféré des artistes, ils avouent apprécier ce moment d’intimité dans le taxi et même plus, d’après leur confident : « ils me disent que ça les a changés. »

« Eviter les péages », le premier roman de Jérôme Colin, est l'histoire d'un break conjugal. « Le Champ de bataille », son deuxième roman, fraichement sorti, aborde la crise d’ado vue du côté des parents. L’auteur en connaît un bout sur cette réalité parce qu’avant d’être homme de média, il est un papa, un papa de grands adolescents. Ceux qui sont passés par là, le savent, c’est un sacré programme !

 

Que vous a apporté votre formation de comédien ?

Quand j’étais jeune, je prenais difficilement la parole. J’ai découvert qu’on pouvait parler et convaincre, qu’on pouvait utiliser la parole et qu’il y avait une manière de le faire. Je n’étais pas à l’aise dans les groupes. C’est très paradoxal mais beaucoup de gens malades de ça font du théâtre. On y va sans doute très inconsciemment pour se soigner.

Ça m’a appris à trouver un style propre, pour ne pas imiter les autres. J’espère d’ailleurs n’avoir imité personne à la radio. En fait, ça m’a été utile pour plein de choses, tant pour draguer les filles que pour régler des conflits, construire le langage et l’argumentaire, les échanges avec les autres. C’est inconscient mais ça a changé quelque chose d’essentiel.


Comment expliquez-vous le record de longévité de l’émission « Hep Taxi ! » ?

A l’origine, les créateurs du concept ne se doutaient pas de son potentiel, on s’en est rendu compte au fur et à mesure. On est loin du contexte habituel en plateau, avec une armada de techniciens, cameramen, preneurs de son, maquilleuse. On est juste à deux, tranquilles, dans l’intimité de la voiture. C’est sur elle que repose la mécanique de l'émission. Dans « Hep taxi ! », le temps se ralentit. Tout cela favorise la confidence. En plus, on n’est pas face à face, on ne se regarde pas dans les yeux, on regarde le paysage, on écoute de la musique, l’invité est distrait par ce qui se passe autour et il n’est plus dans le contrôle. Cela dit, ce lâcher prise ne nous a jamais amené au voyeurisme, même s’il y a matière pour le faire. On tient à garder une pudeur même si on est à contre-courant de la tendance actuelle. Ce n’est pas calculé mais ce qui n'est pas tendance, ne se démode pas et peut durer.

 

Que vous apporte cette émission ?

Une chose essentielle, l’écoute. Je ne pars pas avec une liste de questions. Je suis complètement dans l’écoute et quand un sujet s’impose dans la conversation, je l’aborde, je rebondis, je prends le temps. Quel luxe !


Ça veut dire que vous préparez peu ?

Pas du tout, si les questions ne le sont pas, l’émission, elle, est super préparée. Je travaille avec une équipe presqu’entièrement féminine et j’adore ça (rires). J’ai une collaboratrice qui travaille sur le contenu, sur l’actu de l’invité et on brainstorme ensemble. On prévoit le déroulement, les surprises, les chemins empruntés…. Il y a une voiture-balai devant moi, avec cinq personnes.
 

Un invité coup de cœur ?

Il y a pléthore de coups de cœur mais je pense à Vincent Lindon. Le jour du tournage, son attaché de presse m’appelle et m’annonce que Vincent ne veut plus la faire. Il trouve l’éclairage trop moche. Une émission, ça coûte, on engage des gens, du matériel, etc… bref, je râle. Je demande à lui parler et il reste sur ses positions, cash : le contenu est super mais il n’a pas envie d’avoir l’air vieux et moche, c’est hors de question. Je lui réponds tout aussi cash qu’on a bossé et que ce n’est pas respectueux. Il est d’accord à condition qu’on refasse l’éclairage du taxi. Le ton monte, on s’engueule et le tournage annulé.

Contre toute attente, il m’invite à son hôtel, pour en discuter. Il s’engage à revenir et à consacrer le temps nécessaire dans un taxi amélioré. On l’a fait, il a tenu parole et c’était super. J’aime bien les gens comme lui, qui ne font pas ce qu’ils n’ont pas envie de faire. En fait, on ne le sait pas assez, on a le droit de dire non. J’apprends des choses quand je côtoie des gens de cette trempe. J’ai aussi adoré Charlotte Gainsbourg, parce que je suis très sensible à sa beauté, mais aussi à la femme qu’elle est, à son audace. Paradoxalement, c’est une femme réservée mais qui a énormément d’audaceElle m’impressionne beaucoup. 

Dans votre nouveau roman, vous abordez le problème de l’exclusion à l’école…

L’école d’aujourd’hui est une école d’oppression, de punition et malheureusement pas une école de récompense. Je suis très en colère contre le système scolaire belge, qui punit, qui exclut. L’école se permet de renvoyer chez eux des étudiants qu’elle estime différents, moins appropriés.
C’est une honte parce qu’on apprend à nos enfants que quand on n’est pas dans le rang, pas formaté, on est exclu. Que font ces enfants ? Ils reproduisent plus tard des comportements de discrimination et d’exclusion. Je suis ra-di-ca-lement contre l’exclusion scolaire. Je pense qu’il faudrait l’interdire. En tant que citoyen, on peut en parler, manifester, faire des pétitions, on a le droit et le devoir de réagir. C’est pour ça que j’ai écrit le roman qui vient de sortir, « Le champ de bataille ».


Et, plus précisément…

C’est l’histoire d’un couple qui a des ados, d’où le titre parce que les ados sont capables de mettre le couple en péril. J’y parle entre autres de l’injustice à l’école et de l’exclusion. Des enfants qui ont 13-14 ans, perdus, en plein bouleversement, sont écartés car vus comme inaptes ou inadaptés. On est à l’école du moyen-âge. Je l’explique dans le bouquin. L’heure de cours par exemple, date du moyen-âge. Depuis, les sciences cognitives nous ont prouvé qu’un être humain ne peut se concentrer plus de 25 minutes, voire 30. Elles ont aussi mis en lumière que les ados avaient besoin de beaucoup bouger pour aérer leur cerveau. Et que leur demande-t-on ? De s’asseoir 8 heures par jour.

Non seulement on ne tient pas compte des découvertes, l’école n’évolue pas mais face à ça, nos enfants, eux, ils ont carrément muté. Avec les portables, les ordis, etc. On crée une génération explosive. En termes d’exclusion, chaque année on bat le record de l’année d’avant. Des milliers d’enfants à qui on dit, tu n’es pas adapté. Il y a beaucoup de formes d’intelligence et si on n’a pas celle de l’école, c’est fichu. Pour le gamin comme pour les parents, c’est le parcours du combattant avec beaucoup de souffrance et la destruction d’une vie à la clé. On doit protéger nos enfants de ça. On doit opter pour le vivre ensemble. On doit vivre ensemble et mettre ensemble nos différences.

jérôme colin interview brabant wallon
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