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Le rêve de Thomas

Parapentiste de l'extrême, le Belge Thomas de Dorlodot parcourt le monde à la recherche des endroits les plus fous pour voler.




L'idée de s'élever dans les airs est aussi vieille que l'humanité et du mythe d’Icare à Léonard de Vinci, en passant par la tradition des cerfs-volants de Chine, voler fût de tous temps le désir des hommes.


Thomas de Dorlodot n’y a pas échappé et a suivi l’appel du ciel.


Ce trentenaire a fait de sa passion un métier incroyable.


Un parcours hors du commun jalonné de sensations et de rencontres d’exception pour ce brabançon qui n’a pas froid aux ailes.
C’est maintenant au fil de l’eau qu’il découvre la planète et renouvelle les expériences.


En Turquie aujourd’hui, à l’autre bout du monde demain, c’est la vie rêvée de Thomas de Dorlodot et de son épouse Sofia.



Le rêve de Thomas

Thomas de Dorlodot, c’est quoi votre métier, exactement ?


C’est un peu particulier, je suis pilote de parapente professionnel.

D’autres activités comme la production et les conférences se sont greffées par la suite mais mon métier c’est voyager autour du monde et produire des images, des vidéos et du contenu pour mes sponsors.

Il y a quelques années j’ai créé un projet, Search Projects, qui s’articule autour de la recherche de spots les plus fous et les plus improbables pour voler en parapente.

Le but est de revenir avec des images incroyables pour faire rêver les gens.

On a traversé l’Afrique du nord au sud, on est parti en Amérique centrale, en Amérique du sud, en Himalaya, au Pakistan… chaque fois avec l’idée de faire des vols exceptionnels et de rapporter des images qu’on peut partager avec le plus grand nombre.

Des gens nous ont suivi et petit à petit une communauté s’est créée, qui a suscité l’intérêt des sponsors.
Les choses se sont mises en place comme ça. 

 


Comment êtes-vous devenu parapentiste ?


J’ai commencé à voler quand j’avais 15 ans.

C’est un sport assez coûteux et pour assurer les frais des compétitions, il a fallu que je trouve des solutions.
J’ai donc lancé une petite boîte de photos aériennes.

Je faisais des photos de maisons que je vendais en porte-à-porte.

Ça a été mon premier gagne-pain.

Ensuite, j’ai fait des résultats dans les compétitions, je suis revenu avec des vols qui n’avaient jamais été faits, comme Bruxelles-Istanbul, j’ai traversé des montagnes, fait des vols à plus de 7000 m...

On a alors été approché par des télévisions et des radios qui voulaient qu’on raconte notre histoire.

Et c’est devenu un métier, même si à la base, ce qui m’intéresse c’est voyager, voir le monde, faire de belles rencontres.

 
C’est un fait que le parapente est un vecteur de rencontres incroyables.


Quand on arrive quelque part, au milieu de nulle part, avec un parapente, les gens sont curieux et nous accueillent les bras ouverts.
 



L’aventure a pris une autre dimension ?


Il y a quelques années, avec mon épouse Sofia, nous avons racheté un voilier, un bateau de 12 m resté 7 ans hors de l’eau.

On l’a entièrement retapé, on y a travaillé pendant 6 mois et l’année passée, nous sommes partis pour un tour du monde.

La Méditerranée, les îles Canaries, les Açores ensuite l’Ecosse, la Norvège, le Danemark. Maintenant le bateau redescend aux Canaries et la prochaine étape sera la traversée de l’Atlantique.

On a repoussé un peu la date parce qu’il y a un heureux événement qui se prépare, Sofia est enceinte, nous attendons l’arrivée d’un petit garçon.



Et vous envisagez de faire cette traversée avec le bébé ?


On va passer une saison aux Canaries et dans les Açores parce qu’on aime beaucoup ces régions.
J’ai aussi une compétition de parapente prévue dans les Alpes, de Salzbourg jusqu’à Monaco au mois de juillet.



La Red Bull X Alps :
 
​1200 km en marchant et en volant le plus vite possible. Le premier arrivé à Monaco a gagné. C’est une compétition d’une dizaine de jours qui a lieu tous les deux ans, un peu le Vendée Globe du parapente. Je vais essayer de faire des résultats.




Comme le bébé arrive en janvier je vais rester en Europe, vivre dans un van pendant 5 mois, dans les Alpes, pour être tout à fait acclimaté aux conditions et m’entrainer en montagne jusqu’en juillet. 

 
On va être parents, donc veiller à plus de sécurité et mais on ne souhaite pas changer de lifestyle.



On a surtout envie de donner à notre fils la possibilité d’être un citoyen du monde donc on l’embarquera avec nous, à l’école de la vie. 
 



Votre spécialité c’est donc le vol bivouac…


Oui c’est bien cela.

C’est une forme particulière de vol qui consiste à faire de la distance en vol et à pieds pendant plusieurs jours, en totale autonomie.

Comme la traversée des Pyrénées, de l’Atlantique à la Méditerranée, avec un sac de couchage léger et une paire de baskets.

J’ai fait le tour de l’Adriatique, le Mont blanc jusqu’en Slovénie… 

Je comptabilise presque 10 000 km en autonomie complète, sans assistance au sol.

C’est une pratique fantastique parce qu’on peut monter à 1000m de dénivelé le matin pour décoller, ensuite on utilise les vents pour voler le plus haut et le plus vite possible.

Les bonnes journées, on fait 100, 150 km.


Le parapente, un sport de l’extrême ?


Non, le parapente peut, comme d’autres sports, se pratiquer de manière extrême mais aussi comme un sport du dimanche dans des conditions très tranquilles.

Je le fais de façon extrême quand je vole à 7000 m, dans des montagnes très reculées, où on n’a pas le droit à l’erreur.



Votre adrénaline, ce sont les paysages, les défis ? Ou autre chose ?


Les paysages sont époustouflants, c’est quasi indescriptible et absolument passionnant.

A côté de l’aspect visuel et des merveilleux endroits qu’on a la chance de voir, il y a le challenge, le fait de repousser les limites, d’aller plus haut, plus vite et de faire des choses qui n’ont jamais été faites.

 
Dans ce sport, on est encore nulle part, nous sommes des pionniers.


Pour le moment, je suis en Turquie avec mon équipe, on recherche des endroits pour voler et ça devrait être la première fois qu’ils seront traversés comme ça, par des parapentistes. La sensation d’être un pionnier sur cette planète qui a été quadrillée dans tous les sens est assez grisante.


Il ne faut pas oublier non plus la dimension sportive et physique. Sur des traversées de montagne, il faut être en forme et mettre des stratégies en place. Il faut aussi des connaissances météorologiques, c’est super intéressant. Chaque vol est unique, il faut s’adapter chaque fois à de nouvelles situations. 


C’est aussi un sport qui vous rapproche de la nature ?


C’est évident ! Et je suis vraiment un amoureux de la nature.

Quel privilège de la vivre et de la côtoyer comme ça, de voler avec des aigles ou des cigognes.
 
Récemment, nous étions à 3000 m avec 25 cigognes. C’est fantastique, ça n’a pas de prix !


Depuis une dizaine d’années, on travaille sur le matériel, on tâche de l’améliorer, de l’affiner, de l’alléger.

On devrait avoir d’ici peu un harnais avec une petite hélice qui fonctionnera à l’énergie propre et qui nous permettra de voler là où il n’y a pas d’ascendants.
 



Vous avez parfois peur ?


Tout le temps ! Je pense que la peur fait partie du jeu.

Hier encore, je survolais un volcan à 3500 m d’altitude quand un nuage gris s’est approché.

Il s’est mis à pleuvoir, le vent a suivi, ce sont des situations délicates qui réclament beaucoup de prudence.
 
Il faut écouter sa peur, celui qui n’a pas peur, il est mort, du moins il prend un gros risque.


Ma peur est positive, elle me permet d’apprivoiser mes sens et d’évaluer les détails qui peuvent faire la différence.
Je fais ça pour vivre pas pour mourir.



Quelle est la chose la plus incroyable que vous ayez vue ?

Ce qui m’a marqué le plus, c’est un vol d’altitude à 7460 m dans les nuages, avec de l’oxygène.

Je suis ressorti en plein cœur du Karakoro, au milieu de l’Himalaya et de ses grands sommets et je voyais à plus de 250 km.

C’était grandiose ! Je me suis dis que je devais être le premier, c’était complètement fou !
 

Le rêve de Thomas


La mer, c’est une autre passion ?

Cette année on a beaucoup navigué en mer et je me suis émerveillé aussi de ce que j’y découvre.

C’est un autre univers, avec les baleines, les dauphins, tout le monde marin.

Je suis en train de tomber amoureux d’une pratique, qui somme toute est un peu apparentée au parapente puisque le voilier fonctionne aussi avec le vent.

Je trouve ça tout autant magique de se déplacer en bateau juste à l’aide du vent.

J’ai de plus en plus envie de haute mer.

La haute mer et la haute montagne, ce sont vraiment les deux mondes qui me fascinent pour le moment.



Est-ce que la Belgique vous manque parfois ?


La Belgique je ne sais pas mais la famille bien sûr.

Où qu’on soit, on finit toujours par croiser quelqu’un qui a habité en Belgique, c’est la minute nostalgie.

Quand on voyage comme nous le faisons, simplement, à la rencontre des locaux, on se rend compte de la chance que nous avons d’être nés dans un pays comme la Belgique où on a de l’électricité, de l’eau courante potable, l’accès à la santé…

C’est basique pour nous mais ce sont des basiques qui ne sont pas accessibles partout et pour tout le monde.
On a tendance à banaliser notre confort. 



Quand vous rentrez, qu’est-ce qui vous tient à cœur ?


Je suis très attaché à la terre.

Mon père est agriculteur et j’aime aller lui donner un coup de main s’il en a besoin.

La famille c’est ma priorité. Il y a bien sûr de chouettes endroits auxquels je reste fidèle, comme le Café de la Poste à Chaumont-Gistoux où j’ai mes petites habitudes. 
                      

Thomas de Dorlodot
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