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Philippe Geluck, le saltimbanque du Béwé

Saviez-vous qu’avant d’être cet humoriste que l’on entend souvent en radio et que l’on voit régulièrement à la télévision, le père du chat a une formation de comédien et qu’il a vécu à Lasne à quelques encablures de l’abbaye d’Aywiers. C’est donc un véritable et étonnant saltimbanque qui a grandi dans notre bon vieux Brabant Wallon.



©StudioFiftyFifty
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Son père est dessinateur de presse mais aussi militant communiste mais aussi distributeur de films des pays de l’Est à partir des années 1960. Sa mère Lucile a fait des études de chant classique au Conservatoire et a rencontré son futur mari dans une troupe de théâtre amateur. Elle est la première femme du royaume à pratiquer la méthode de l’accouchement sans douleur en le mettant au monde.  Dés sa naissance, il est précurseur de tout faire sérieusement sans de prendre au sérieux. Il ne devient pas comique. Il nait comique.
 

Philippe a un frère aîné, né 7 ans avant lui, qui lui est aussi graphiste. Son père et son frère l’initient dès son enfance à Sempé, Saul Sandberg, Chaval, Siné et Reiser ainsi qu'à la revue Bizarre et le journal Hara-Kiri. Ce journal disparaîtra et reviendra dans les bacs sous le nom devenu tragiquement célèbre de Charlie Hebdo. Raison pour laquelle il s’est beaucoup exprimé lors des attentats. Ce sont ses frères et initiateurs qu’ils perdaient. 

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En 1969, il dessine avec son frère un journal affiché dans les toilettes de la maison. Un jour, un laveur de vitres qui travaille à la maison, découvre ce dessin humoristique et en parle à son ami Bob De Groot, rédacteur en chef de L’Œuf, journal humoristique. Philippe Geluck y case ses premiers dessins. Lui qui déclarera via son chat : ‘Seul celui qui mange ses tartines aux toilettes peut se permettre de dire qu’il a du pain sur la planche’ met cela en pratique avec un heureux concours de circonstance.
 
En 1972, il s’inscrit à l’Insas, école qui lui permet de monter sur les planches du Théâtre national de Belgique en 1975. Il y joue Roméo et Juliette (Shakespeare), L'Opéra de quat'sous (Brecht et Kurt Weill) ou encore Faust (Goethe).

Parallèlement en 1976, il monte avec d'autres comédiens de formation le Théâtre Hypocrite, un cousin du Splendid. En 1982, il crée seul en scène ‘Un certain Plume d'Henri Michaux’ et rencontre le succès. Pour avoir eu le plaisir de l’avoir vu, la confirmation d’un mec vraiment pas comme les autres était née.
 

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À partir de 1978, il devient animateur d'émissions humoristiques au ton mordant , détonnant et extraordinaire à la RTBF : Lollipop (avec Malvira). Une émission pour les enfants où il explose aux yeux du grand public. Délires et fous-rires sont au rendez-vous. C’est le début de sa consécration.
 
C’est le 22 mars 1983 (date curieusement prémonitoire) qu’apparaît pour la première fois le Chat. Son chat. Notre chat. C’est l’exemple même de l’humour à la belge. Non sens, humour décalé, surréalisme, … Tout y est.

Il fait mouche à chaque fois racontant des vérités parfois très dures avec une désinvolture déconcertante. On rit en grimaçant ou on grimace en riant mais on ne peut pas rester insensible. Le Chat est devenu aussi célèbre que ses prédécesseurs Tintin ou  Spirou. C’est la consécration totale. Le Chat se décline en animation, en chocolat, en exposition, …

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Dès 1989, il devient un des sociétaires du ‘Jeu des Dictionnaires’ animé par son indéfectible ami Jacques Mercier. Avec Marc Moulin, Raoul Reyers, Soda, Laurent Bibot, Juan d’Oultremont, Jean-Jacques Jespers, … Il fait hurler de rire la Belgique sur la Première tous les jours. Le Docteur G. est un personnage qui répond au courrier délirant des auditeurs. C’est le caviar de l’humour belge.

Le Coucou Gamin qui remplace le classique coucou d’une horloge suisse résonne encore dans la tête de ses fans. C’est un moment incroyable de radio. Encore maintenant, il est présent dans des petites capsules sur la RTBF.
 
La France entière le découvre chez Drucker sur leur petit écran. Lors de sa première intervention et alors que Drucker l’interrompt, il réagit aussitôt : « Dites donc Drucker, cela fait 30 ans que je vous écoute et je ne vous ai jamais interrompu… ». Le ton est donné.

Il rentre également dans le clan de Laurent Ruquier sur Europe 1 pour le suivre dans les Grosses Têtes. C’est chaque fois le carton plein. Le belge est performant. Très performant. Il cartonne à tous les coups.
 

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Bien qu’exposé tout azimut, il a adopté le « pour vivre heureux, vivons caché ». Fidèlement amoureux de Dany Masure, qui fût TV Producer dans les agences de pub, il est devenu grand-père et son cercle d’amis composés de ses camarades de micro ou d’antenne. Il vient de perdre un de ses vieux comparses Jean-Pierre Coffe. Mais déjà, le lendemain de son décès, il en riait et faisait rire à gorge déployée sur les antennes.
 
Ses enfants ont toujours été protégé. Son fils vient de faire son entrée dans le monde de la chanson. De façon très ‘geluckienne’, il se fait appeler Antoine Chance. C’est la traduction francophone du mot geluk. Un joli pied de nez. Sa fille a ouvert un restaurant à Ixelles. Allez hop. Un petit coup de pub. Ce sont les Tartines de Lila. C’est situé avenue de l’Hippodrome à Ixelles.


Ses amis, ce sont Jacques Mercier, Adamo, Laurent Ruquier, Michel Drucker, … C’est un excellent cuissot donc sa table est très courue. Il fait partie du patrimoine culturel belge. Il représente tellement ce que le monde entier nous envie. Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
 

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L’histoire retient ses phrases célèbres :
 
‘Boire du café empêche de dormir. Par contre, dormir empêche de boire du café’

‘Beaucoup de gens sont malades quand ils sont vieux… C’est triste… D’un autre côté, ça les occupe’

‘Lorsque mes enfants mettent leurs petits souliers devant la cheminée, Saint Nicolas leur dépose toujours des semelles anti-odeur dedans’

‘Si on payait mieux les bénévoles, ça donnerait peut-être envie à plus de gens de travailler gratuitement’

‘Si je devais un jour me suicider, je le ferais le matin plutôt que le soir. Au moins, ça fera une journée de boulot en moins’

‘En Belgique, on n’a peut-être pas beaucoup de champions du monde, mais dans le monde, ils n’ont pas autant de champions de Belgique que chez nous’

‘Je voudrais mettre en garde les journaux à scandale. Ma vie sexuelle n’intéresse personne. Même pas ma femme.’

‘A l’école, en algèbre, j’étais du genre Einstein. Mais plutôt Franck qu’Albert’

‘Si les lentilles vous font péter, portez des lunettes’

‘Plus mon cigare raccourcit, et plus je dois tendre le bras vers le cendrier. Un patron aussi a des soucis.’

‘Je suis pour le partage des tâches ménagères. A la maison, par exemple, c’est mois qui passe l’aspirateur… à ma femme.’
 
Il est évident qu’il restera de lui une oeuvre magistrale qui tire l’image de notre pays vers le haut.

Philippe Geluck, le saltimbanque du Béwé
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